Elections 2023 en RD Congo : L’intervention des OSC et d’autres parties prenantes aux élections dans la préparation des femmes et filles

Kinshasa, 26 janvier 2023- La République Démocratique du Congo est résolument engagée vers son quatrième cycle électoral, qui cette fois-ci, sera général. Le 20 décembre 2023, les congolais iront voter pour le futur président de la République, les députés nationaux et provinciaux ainsi que les conseillers communaux. Mais qu’en est-il de la participation féminine dans ces scrutins voulus inclusifs ? Comment les organisations de la société civile et autres parties prenantes se préparent-elles pour améliorer le score des femmes et jeunes filles dans ce processus, non pas seulement comme électrices, mais également comme candidates à tous les niveaux ?

Déjà satisfaites des avancées enregistrées actuellement quant à la participation féminine au sein du gouvernement de la République, entreprises publiques et autres, des femmes, en République Démocratique du Congo, veulent encore aller plus loin. Lors des élections de 2019, seules 11% de femmes ont été élues au parlement. Pour le moment, l’objectif est de changer la donne aux prochaines élections de 2023. Déjà au niveau de la Centrale électorale, son président Denis Kadima promet d’exempter de paiement de frais de dépôt de candidature, la liste du groupement ou parti politique qui va aligner 50% des femmes. Cela conformément à l’article 13 de la loi électorale en RDC.

“Pour des raisons d’inclusivité, la CENI organise un cadre de concertation avec différentes parties prenantes. Nous donnons de plus en plus d’espace aux débats pour laisser personne au bord de la route”, avait déclaré Didi Manara, 2ème vice-président de la CENI lors d’un cadre de concertation CENI-OSC tenu à Kinshasa, Capitale de la RD Congo.

Contactée, Mimy Mopunga, activiste de la société civile exerçant au sein du Cadre de Concertation de la Femme Congolaise (CAFCO), est d’abord revenue sur les grandes activités organisées par cette organisation de la société civile et les plaidoyers menés auprès de la CENI et autres parties prenantes au processus électoral dans le cadre de l’amélioration du score de la femme aux prochaines élections.

Il y a entre-autre : “la présentation de l’offre programmatique du CAFCO pour le leadership féminin ; atelier sur les techniques de coaching des femmes ; sans oublier les nombreuses audiences avec le président de la Centrale électorale”.

Pour ce qui est du “plan d’accompagnement” : “il concerne notamment les stratégies de mobilisation des femmes, les stratégies de coaching en masse, les stratégies de coaching personnalisé des femmes candidates, les stratégies de communication politique, le financement de la campagne électorale, l’observation électorale, la médiation électorale ainsi que la gestion des contentieux électoraux des femmes”, nous a-t-elle révélé.

“On fait des plaidoyers auprès des chefs des partis politiques et des regroupements pour qu’ils alignent les femmes sur leurs listes. Au même moment, on fait le coaching des femmes pour qu’elles puissent comprendre comment se comporter et comment battre campagne. On les sensibilise aussi pour qu’à leur tour, elles puissent demander à leur électorat de s’enrôler”, nous a-t-elle confié.

Y-aura-t-il amélioration pour ce processus électoral ?

A cette question, elle reste optimiste : “Nous avons toujours été positives. Ça dépend aussi de l’engagement des femmes. Les leaders des partis politiques nous posent également ce problème : il faut que les femmes puissent s’engager et exprimer leurs ambitions politiques. Quand ils établissent souvent leurs listes, il y a carence des femmes. Il ne faut pas seulement voir Kinshasa. Il y a aussi des femmes des provinces qui doivent s’engager. Nous étions avec les cheffes des ligues des femmes de différents partis politiques, parce que nous voulons avoir 15 à 20% des candidatures féminines, car lors de 3 précédents cycles électoraux, il y en avait que 6%”.

Selon elle, “malgré les dispositions légales qui fixent la représentativité des femmes à 50%, il y a un problème d’engagement politique des femmes. Les femmes doivent librement se prononcer et s’engager comme candidates”.

De son côté, Me Arthur Omar Kayumba, rapporteur du Cadre de Concertation de la Société Civile, contacté, a lancé un appel vibrant aux femmes de la RDC pour ce qui est du processus électoral en cours. Une interpellation également pour la classe politique.

“La relégation des femmes, du reste majoritaire de notre société, s’apparente au défi de leur citoyenneté. La gent féminine doit prendre conscience de cette évidence, s’organiser, s’unir et se renforcer afin de se positionner avec assurance dans le processus électoral comme candidates et électrices”, a-t-il lancé.

“Nous croyons qu’il y aura progrès”

Chantal Safou Lopusa, ministre honoraire du Genre, Enfant et Famille et cadre au Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), ancien parti présidentiel, est également restée optimiste.

“Nous croyons qu’il y aura progrès. Les femmes se sont vraiment engagées dans cette lutte. Ce qu’il faut faire, c’est de continuer de faire pression dans les plaidoyers. Et je vois déjà que la société civile est largement avancée, avec tout ce que nous suivons dans les médias. Au sein du National Democratic Institute (NDI), une organisation américaine basée à Kinshasa qui milite également pour le respect des droits de l’homme, et la participation politique des femmes, on se rencontre souvent avec les femmes de la majorité, et nous de l’opposition pour discuter du sujet, parce que la cause de la femme est commune. Aussi dans notre parti, le PPRD, notre autorité morale a toujours été sensible au sujet de la participation politique de la femme ; souvenez-vous de sa promesse de 30% pour la représentativité de la femme quand il était encore président de la République. Cela avait fait bouger toutes les lignes au sein de la classe politique”, a déclaré l’ancienne ministre du Genre de la RDC.

Me Gisèle Kapinga, activiste de la société civile au sein du CAFCO a également révélé que cette structure avait, lors des élections passées (2011 et 2018) en RDC, envoyé ses avocats pour défendre les femmes candidates lors des contentieux électoraux à la Cour Constitutionnelle.

En outre, elle est revenue sur les amendements proposées par CAFCO sur la loi électorale en ce qui concerne la participation politique des femmes ; aussi la formation des femmes sur les observations et la médiation pendant les élections. Et pour elle, le Cadre de Concertation de la Femme Congolaise (CAFCO) ne compte pas abandonner ses démarches salutaires en faveur des femmes candidates pour les prochaines élections. Au sujet des chiffres des cas accompagnés en justice, CAFCO pense que ce sont des documents de plaidoyers internes qu’il ne met pas à la disposition du public.

Pour Laurette Mbokela, potentielle femme candidate aux prochaines législatives nationales, les femmes sont butées à un problème de financement, surtout pendant la campagne électorale.

“Nous acceptons de postuler pour servir la patrie. La seule difficulté est que nous n’avons pas assez de moyens financiers pour battre campagne. Dans un monde où pour être élue, il faut faire faire des polos, affiches, passer à la télé, et en même temps motiver ses électeurs, il est difficile que la femme parvienne à affronter tous ces problèmes. Il y a aussi de ces femmes, qui arrivent à le faire, mais dans la plupart des cas, c’est difficile. Nous osons croire que les plaidoyers menés par certaines organisations de la société civile produiront des fruits, pour que les femmes se trouvent une source où elles peuvent puiser un peu des moyens. Je ne les ai pas encore approchés, mais je pense que nos sœurs ont touché le nœud du problème ; l’argent face à nos adversaires hommes”.

Des avis des électeurs et électrices

Pour Annette Makiese, habitante de la commune de Bandalungwa à Kinshasa, déjà détentrice de sa carte d’électeur, depuis toujours, elle n’a voté que pour les femmes aux élections législatives, car à la magistrature suprême, elle trouve que les femmes candidates sont peu convaincantes.

“Nous votons pour l’avenir de nos enfants et celui de notre plus beau pays. Pour les députés, je donne toujours ma voix aux femmes, mais pour la présidence, on a encore besoin d’une femme ayant la compétence comme notre maman Eve Bazaïba. Le jour où elle sera candidate présidente de la République, je n’hésiterai pas, mais pour le moment, je continuerai avec ma logique de promouvoir les femmes au Parlement”, nous a-t-elle confié.

De son côté, Mr Bilombi, enseignant dans une école primaire de Kinshasa, pense que les élections de 2023 seront générales, et il est temps de trouver des femmes partout.

“Je vois que cette année, nous allons voter pour des conseillers communaux et d’autres personnalités au niveau locale. C’est aussi une autre occasion pour les femmes de se faire représenter à tous les niveaux. Il est clair qu’aux niveaux des législatives et de la présidence les choses trainent, mais il faut aussi reconnaître que le président Tshisekedi a nommé beaucoup des femmes ministres. Si les femmes veulent être députées, qu’elles acceptent aussi de compétir ; ici, il n’y a ni cadeau, ni clémence, c’est la bataille électorale. Je pense que nos mamans ne vont rien lâcher. Moi déjà je serai candidat conseiller communal dans la commune de Makala. Je veux aussi avoir comme adversaires, des femmes pendant ce scrutin”, a dit cet enseignant.

De tout ce qui précède, tout porte à croire que les femmes, ainsi que différentes parties prenantes au processus électoral en cours en République Démocratique du Congo se sont activées pour que la Femme soit valablement représentée dans différentes institutions de prises de décision, à l’issue des élections de décembre 2023.

Makambo Bernetel, JDH

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