RDC – Transhumance politique : “J’ai choisi de répondre à l’appel de celui qui a obtenu, par la voie des urnes, le droit de parler au nom du peuple congolais” (Alain Atundu)

Kinshasa, 23 mars 2023- L’ancien porte-parole de la majorité présidentielle lorsque Joseph Kabila était au pouvoir en RDC annonce son ralliement à l’Union sacrée à 10 mois de la prochaine élection à la magistrature suprême.

André-Alain Atundu n’est pas le premier cacique du Front commun pour le Congo (FCC) à tourner le dos à Joseph Kabila. Sans doute n’est-il pas non plus le plus influent. Mais c’est parce que son nom vient s’ajouter à une liste déjà fournie, sur laquelle figurent ceux d’Évariste Boshab ou d’Adolphe Lumanu, que cette nouvelle défection n’est pas à sous-estimer.

En coulisses, ceux qui font le choix du ralliement à Félix Tshisekedi se justifient en évoquant le manque de lisibilité de la stratégie de l’ancien président, son management suranné du Parti du peuple pour la reconstruction et le progrès (PPRD) comme de la coalition FCC, le leadership contesté d’Emmanuel Ramazani Shadary, qui fut le dauphin de Kabila en 2018, et le statu quo qui prévaut depuis la dernière présidentielle. Surtout, ainsi que le résume l’un de ces ralliés, “plus personne ne croit que Félix perdra les prochaines élections”.

Est-ce aussi le cas d’André-Alain Atundu ? Ancien administrateur général du Service national d’intelligence et de protection (Snip) sous Mobutu, toujours dans les renseignements sous Laurent-Désiré Kabila, puis porte-parole de la majorité présidentielle sous Joseph Kabila, il explique les raisons de son choix à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous rallié l’Union sacrée ?

André-Alain Atundu : J’ai choisi de répondre à l’appel de celui qui a obtenu, par la voie des urnes, le droit de parler au nom du peuple congolais. Cet appel dépasse les affiliations partisanes et s’adressent à tous les patriotes qui veulent, sous le leadership unique du président de la République, que nos agresseurs soient mis hors d’état de nuire et en même temps conduire le développement économique de notre pays.

Votre adhésion à l’Union sacrée acte-t-elle votre départ du FCC ?

Oui, et c’est logique. La Constitution ne permet pas à une personne d’appartenir à deux partis politiques en même temps.

Que répondez-vous à ceux qui vous accuse de transhumance ?

Chacun peut penser ce qu’il veut mais moi, je ne sais pas ce que cela veut dire, la transhumance. J’ai répondu à un appel, j’ai entendu la détresse des populations de l’Est, et j’ai compris le risque de balkanisation de notre pays.

Êtes-vous parti parce que le FCC boycotte le processus électoral en cours ?

Si c’est ce que vous pensez, vous avez tort.

Le FCC a-t-il péché en échouant à se transformer après l’échec du candidat Emmanuel Ramazani Shadary, en 2018 ?

Il ne m’appartient pas de juger le FCC. Je n’en fais plus partie et je veux maintenant aller de l’avant. L’important désormais, c’est de restaurer la bonne gouvernance et la sécurité dans le pays, et de le développer en s’appuyant sur le programme des 145 territoires [lancé en mars 2022 pour porter la candidature de Félix Tshisekedi à un second mandat].

Mais le FCC avait-il raison de boycotter les opérations d’enregistrement des électeurs ?

Je ne souhaite plus parler du FCC. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que je suis allé à Bumba [dans le nord de la RDC] au mois de décembre dernier pour sensibiliser mes compatriotes à la nécessité de s’enrôler pour obtenir un nombre de députés qui reflète la taille de notre population. Voilà ma position.

Que pensez-vous du boycott des élections en elles-mêmes ?

Le boycott est un droit. Mais si vous choisissez de ne pas voter, il faut en assumer les conséquences. Parce que si vous boycottez des scrutins, vous n’aurez pas d’élus, certainement pas de président et pendant cinq ans, vous privez une partie du peuple de la possibilité de se faire entendre. Est-ce politiquement pertinent ? Est-ce moralement admissible ? Je crois que l’UDPS [l’Union pour la démocratie et le progrès social, au pouvoir] est bien placée pour parler de ce qu’il peut en coûter.

Le boycott est donc une erreur ?

Si vous boycottez, n’allez pas vous plaindre d’être hors-jeu pendant cinq ans. C’est maintenant qu’il faut préparer sa participation à l’exercice du pouvoir, et il faut savoir ce que l’on veut.

Quelles sont vos aspirations au sein de l’Union sacrée ?

Lorsque vous rejoignez un regroupement politique ou, comme on dit ici quand vous allez dans un village, vous commencez par observer la manière dont il danse pour pouvoir danser comme lui. Pour le reste, on verra. Ce n’est pas la première page que je tourne dans ma vie : la page de mon enfance a été tournée, la page de mes études universitaires a été tournée, la page de ma vocation sacerdotale a été tournée, la page de mon passage dans les services de renseignements a été tournée, la page de la diplomatie… C’est ça la vie, un livre que l’on écrit page par page.

C’est donc la page Kabila que vous venez de tourner…

Je ne me focalise pas sur des individus. Il se trouve que j’ai tourné la page Mobutu, puis la page Kabila et qu’aujourd’hui, j’écris la page Tshisekedi.

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de rejoindre le président ?

À chacun son fuseau horaire.

Pensez-vous, vous qui avez été diplomate, qu’il faille négocier avec les rebelles du M23 ?

Ce qu’il faut, c’est bouter les agresseurs et leurs complices hors du territoire congolais, et permettre à des populations qui souffrent parfois depuis dix ou vingt ans, de vivre enfin en sécurité. C’est une obligation morale. Nous ne pouvons pas fêter la démocratie en allant aux élections tout en abandonnant une partie des Congolais à leur sort.

Avec Jeune Afrique

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