Mambasa, 4 octobre 2025- Tout a commencé un soir du 2 octobre 2014. Il était 19 h lorsque la quiétude du village de Mukoko, situé à 7 km au nord d’Oicha, fut brutalement brisée. Des silhouettes armées surgissent sur la RN4 : hommes, femmes, et même enfants, porteurs de fusils, machettes et haches.
“Ils venaient de Mapubu Carrière, où se trouvait leur base”, témoigne Kasero, un habitant de Mukoko interrogé par Trésor Kapepela Ben lors de son enquête de terrain. “On ignorait la menace que représentaient réellement les ADF. On pensait qu’ils s’attaquaient uniquement à l’armée, pas aux civils. Ils passaient souvent ici, nous saluaient, achetaient nos produits… parfois même, nous les aidions à porter leurs affaires en brousse”.
Ce soir-là, les rebelles assiègent Mukoko par le sud et progressent vers le nord, jusqu’à l’avenue menant à Ngilingili. Sur cette route, Jean-Pierre Mbale, dit JP, chasseur et ancien pisteur des FARDC, est tué. Les assaillants pillent les boutiques et emportent les animaux.
Un civil nommé Amoti refuse de les suivre : « Siezi ba fata muniuwe » (je ne vous suivrai pas, tuez-moi), déclare-t-il en swahili. Il est abattu sur place. Deux autres civils, Jérôme et Paluku Kibotine, sont pris en otage mais parviennent à s’échapper après avoir croisé une patrouille des FARDC.
La peur gagne le village. Certains habitants fuient, pensant qu’il s’agit d’un incident isolé. Mais deux semaines plus tard, Maibo Kisiki, puis Mayi Moya, Eringeti, Oicha, Vemba et Beni subissent le même sort. Les victimes sont principalement des civils, tués à la machette et à la hache, faisant plusieurs centaines de morts.
Le mystère des assaillants
Au début, de nombreuses rumeurs ont circulé. Des analystes et politiciens ont accusé les FARDC, notamment leur commandant d’alors, le général Charles Mundos, d’agir sur instruction du président Joseph Kabila. Ces accusations n’ont jamais été étayées. Un responsable politique affirmait même sur RFI connaître les plans de l’armée.
Après une longue enquête, Trésor Kapepela Ben confirme que les assaillants étaient bel et bien les ADF, un groupe terroriste islamiste dont l’idéologie, selon lui, ne reflète en rien les principes de l’Islam, religion de paix.
Pourquoi Mukoko en premier ?
Mukoko, village des Mvuba situé dans le groupement Bambuba-Kisiki, tout comme Mayi-Moya, Eringeti, Kisiki, Kokola et Upira, avait vu plusieurs de ses habitants tisser des liens étroits avec les ADF avant que ces derniers ne deviennent violents. Certains habitants avaient même contracté des mariages avec des membres du groupe.
D’après les investigations menées par Kapepela Ben, les assaillants seraient venus de Mapobu Carrière, une base alors dirigée par Mohamed Kahira, tué par les FARDC en 2018. Si certains analystes considèrent l’attaque de Mukoko comme le point de départ des massacres de masse dans le territoire de Beni, d’autres chercheurs retracent plutôt les premières activités des ADF jusqu’au secteur de Ruwenzori.
Un cauchemar qui perdure
Onze ans plus tard, malgré les efforts de l’armée congolaise, la tragédie se poursuit. Les civils vivent toujours dans la peur, redoutant le moment où le cauchemar refera surface.
Roger KAKULIRAHI









