RDC-Joseph Kabila rompt le silence : Un retour politique en pleine tourmente congolaise

Mambasa, 24 mai 2025- Le 23 mai 2025, dans une atmosphère empreinte de tension et d’incertitude, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, est sorti de son long mutisme. Depuis 2019, il s’était imposé un retrait complet de la vie publique, refusant toute intervention médiatique et toute prise de position politique. Mais ce jour-là, dans une déclaration solennelle à la nation, retransmise sur plusieurs médias nationaux et internationaux, il a choisi de briser le silence. Face à ce qu’il qualifie de “dérive grave de l’État”, l’ancien chef de l’État a jugé indispensable de s’adresser directement au peuple congolais. Un discours long, structuré, sans concessions, qui revient non seulement sur les raisons de son silence mais surtout sur les profondes inquiétudes qu’il nourrit quant à l’avenir du pays.

Dans cette adresse, Joseph Kabila commence par évoquer les raisons de sa mise en retrait. Il rappelle qu’à l’issue de son second mandat présidentiel, il avait volontairement renoncé à se représenter, conformément à la Constitution, dans un geste qu’il présente comme une preuve de maturité politique. Ce choix, selon lui, visait à préserver la stabilité du pays, à garantir une alternance pacifique et à consolider les institutions démocratiques. C’est dans cet esprit qu’il avait également accepté de conclure un accord politique de coalition avec son successeur, Félix Tshisekedi, donnant naissance au gouvernement dit “FCC-CACH”. Mais, affirme-t-il, dès les premiers mois de cette alliance, il aurait été confronté à un processus de démantèlement progressif de cet accord, qu’il qualifie de trahison politique.

Pendant six années, Kabila dit avoir choisi de se taire, malgré de nombreuses provocations. Il affirme avoir été la cible d’attaques personnelles, de campagnes de diffamation, de tentatives d’humiliation publique et même d’enquêtes judiciaires qu’il qualifie de “purement politiques”. Il évoque un climat de harcèlement moral, parfois même judiciaire, visant à le réduire au silence. Cependant, il soutient avoir résisté à la tentation de répondre sur le moment, par respect pour les institutions, mais aussi par souci d’éviter tout embrasement dans un pays fragile. Mais aujourd’hui, affirme-t-il, ce silence serait devenu coupable. Car, selon ses mots, “se taire face à la souffrance du peuple congolais, c’est se rendre complice de ceux qui l’oppriment.”

Joseph Kabila dresse ensuite un tableau sombre, presque alarmiste, de la situation actuelle de la RDC. Il parle d’une “dérive autoritaire du pouvoir”, d’une “désintégration progressive de l’État”, d’une “fracture nationale qui ne cesse de s’aggraver”. Il critique la gestion actuelle du pays, accusant les autorités en place de manquer de vision, d’humilité, mais surtout de compétence. Selon lui, la République est devenue un espace d’impunité, où les valeurs républicaines ont été remplacées par l’arbitraire, la corruption et la manipulation des institutions.

Il insiste particulièrement sur la crise sécuritaire dans l’Est du pays, qu’il qualifie de “véritable guerre imposée au peuple congolais”. Il dénonce l’inaction de l’État face à l’avancée des groupes armés, en particulier le M23, et s’indigne de la présence de troupes étrangères sur le sol congolais. Pour lui, cette situation constitue une atteinte directe à la souveraineté nationale. Il évoque la souffrance des populations déplacées, les massacres oubliés, les femmes violées dans l’indifférence générale. Et il déplore que, pendant ce temps, les dirigeants semblent plus préoccupés par leur maintien au pouvoir que par la défense du territoire national.

Mais le discours de Kabila ne se limite pas à la critique. Il se veut aussi porteur d’une proposition de sortie de crise. Il appelle à un sursaut patriotique et propose une refondation en profondeur de l’État. Cela passerait, selon lui, par un dialogue inclusif entre toutes les forces politiques, sociales, religieuses et militaires du pays. Il estime que seule une réforme profonde des institutions permettra de restaurer la légitimité de l’État, aujourd’hui sérieusement entamée. Il plaide également pour une justice indépendante, une armée républicaine et une politique économique tournée vers l’investissement local et la création d’emplois pour les jeunes. Il insiste sur la nécessité de mettre fin à la corruption, à la prédation des ressources naturelles et aux réseaux mafieux qui gangrènent l’administration.

Dans cette perspective, Kabila insiste sur la restauration de la souveraineté nationale comme priorité absolue. Il demande que les forces armées étrangères quittent sans délai le territoire congolais, estimant que leur présence ne contribue qu’à alimenter la confusion et à affaiblir davantage l’État. Il appelle également la communauté internationale à ne plus soutenir des processus politiques fondés sur l’exclusion, la fraude et la manipulation des institutions démocratiques.

Cette prise de parole, longuement préparée, suscite déjà de vives réactions. Pour ses partisans, elle sonne comme un appel légitime d’un homme d’État inquiet pour son pays. Pour ses détracteurs, il ne s’agirait que d’un retour calculé, destiné à réhabiliter son image en vue d’un éventuel retour politique. Quoi qu’il en soit, cette intervention bouleverse le paysage politique congolais. Elle remet en question la légitimité du pouvoir actuel et ouvre une nouvelle séquence dans le débat national sur l’avenir du pays.

Car si Joseph Kabila ne dit pas clairement s’il compte briguer de nouvelles fonctions électives, son discours laisse entendre qu’il ne restera pas en marge des événements à venir.
Au-delà de son contenu, le discours de Joseph Kabila marque un tournant symbolique dans la vie politique congolaise. Après six années de silence, l’ancien chef de l’État réapparaît non pas pour raviver les souvenirs d’un passé révolu, mais pour dresser les contours d’un avenir encore incertain. Sa prise de parole intervient à un moment critique, où le pays semble englué dans une crise multidimensionnelle : politique, sécuritaire, économique et sociale.

Dans ce contexte, son message résonne comme un appel au réveil collectif, à la lucidité patriotique et à une relecture profonde des trajectoires empruntées depuis la transition démocratique de 2018. Mais si ses mots ont su capter l’attention, ils n’en restent pas moins entourés d’ambiguïtés. Le flou persiste quant à ses intentions réelles : s’agit-il d’un simple avertissement d’ancien président soucieux du destin national, ou les prémices d’un retour plus actif, voire d’une reconquête du pouvoir ?

Roger KAKULIRAHI

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