Mambasa, 15 juin 2025- Au chef-lieu du territoire de Mambasa, en Ituri, les populations font face à une hausse brutale et préoccupante du prix des haricots, un aliment de base très prisé dans les ménages. En l’espace de quelques semaines, le prix d’un gobelet de haricots est passé de 1 200 francs congolais (FC) à 2 500 FC, soit plus du double. Cette augmentation soudaine met en difficulté de nombreuses familles et soulève une vague d’inquiétude parmi les habitants.
Au grand marché de Mambasa, vendeurs et acheteurs sont unanimes : les haricots deviennent de plus en plus inaccessibles. “C’est devenu un produit de luxe pour les familles modestes”, confie une commerçante interrogée mercredi. Selon elle, cette flambée des prix est directement liée à la situation sécuritaire dégradée dans les zones rurales du territoire, notamment dans les villages agricoles situés en périphérie. “Les agriculteurs ne peuvent plus se rendre dans leurs champs à cause de la présence des groupes armés. Il y a des attaques, des menaces, et cela dissuade même ceux qui voudraient cultiver”, explique-t-elle.
Une chaîne d’approvisionnement perturbée
Les haricots vendus à Mambasa proviennent en grande partie des zones de production situées dans les localités de Biakato, Makumo et Lolwa. Or, ces régions sont aujourd’hui fortement affectées par l’insécurité, causée par la présence des milices armées et les déplacements de population. Les routes sont devenues dangereuses, les champs abandonnés, et le transport des denrées devient un véritable défi.
Cette situation a entraîné une rareté du produit sur les marchés, accentuant mécaniquement la hausse des prix. Les commerçants se plaignent également de la hausse des coûts de transport et du risque élevé encouru pour se ravitailler en zones à risque. Tout cela contribue à la flambée actuelle, qui pèse sur le panier de la ménagère.
Des répercussions jusqu’aux petits restaurants
Les conséquences de cette crise ne s’arrêtent pas aux ménages. Les petits restaurants populaires, très fréquentés par les travailleurs, les étudiants et les commerçants, sont également touchés. “Il devient difficile de proposer un plat de haricots à 1 000 FC. Nous sommes obligés soit d’augmenter les prix, soit de retirer ce plat du menu”, témoigne un restaurateur local.
Dans un territoire où de nombreuses personnes vivent avec moins de 5 000 FC par jour, l’augmentation du prix d’un aliment aussi courant que les haricots compromet gravement la sécurité alimentaire de la population.
Des appels au retour de la sécurité et au soutien des agriculteurs
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler les autorités à agir en urgence. Les leaders communautaires, les représentants des associations agricoles et les commerçants demandent un renforcement de la sécurité dans les zones de production pour permettre aux cultivateurs de retourner dans leurs champs. Certains plaident également pour un appui urgent en semences, outils et intrants agricoles afin de relancer la production locale.
“Tant que la sécurité ne sera pas rétablie, la situation risque de s’aggraver encore”, alerte un responsable local. “Nous avons besoin d’une réponse rapide pour éviter une crise alimentaire plus large.”
En attendant, les habitants de Mambasa espèrent des jours meilleurs, tout en jonglant avec un pouvoir d’achat de plus en plus affaibli. Le haricot, simple légumineuse, est aujourd’hui devenu un indicateur criant des maux qui frappent la région : insécurité, pauvreté et vulnérabilité économique.
Roger KAKULIRAHI

