Mambasa, 16 juin 2025- Le secteur de Bapere, dans le territoire de Lubero (Nord-Kivu), est devenu l’un des bastions de la terreur imposée par les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). En l’espace d’un an, plus de 1 050 civils y ont été massacrés dans l’indifférence générale, selon les autorités locales.
La dernière attaque en date, survenue le 7 juin sur le site minier d’Angola, a coûté la vie à 35 personnes. Un massacre de plus, dans une région déjà profondément meurtrie, où les violences ciblées visent à s’emparer des ressources naturelles tout en réduisant au silence toute forme d’organisation communautaire.
Des populations en exode permanent
Face à cette insécurité persistante, les habitants fuient massivement. Plus de 36 000 personnes ont été déplacées, abandonnant maisons, champs et activités. Elles trouvent refuge dans des localités comme Manguredjipa ou Njiapanda, elles-mêmes débordées par l’afflux constant de déplacés internes.
“Ces populations vivent dans des conditions déplorables, sans abris, sans nourriture, ni soins. Aucune aide humanitaire suffisante n’a encore été déployée” alerte Macaire Sivikunula, chef de secteur de Bapere.
Les femmes, les enfants et les personnes âgées, particulièrement vulnérables, paient le prix fort de cette crise prolongée.
Écoles et centres de santé à l’arrêt
Le système socio-éducatif s’effondre. Sur les 13 centres de santé du secteur, 7 sont à l’arrêt faute de personnel et de sécurité. Côté éducation, 22 des 28 écoles sont fermées, laissant des milliers d’enfants livrés à eux-mêmes, exposés à l’endoctrinement, aux recrutements forcés ou aux activités de survie.
Les Forces armées de la RDC (FARDC), pourtant appuyées par leurs homologues ougandais (UPDF), peinent à contenir la menace. Les opérations conjointes n’ont pas encore réussi à désarmer les groupes rebelles qui continuent à frapper en toute impunité.
“Les efforts actuels sont loin d’être suffisants. Il faut un engagement plus ferme, un plan global de sécurisation, et une reconstruction des services de base”, plaide Macaire Sivikunula, appelant à une réaction immédiate de Kinshasa et de la communauté internationale.
Une crise régionale étouffée dans le silence
Ce qui se déroule à Bapere dépasse le cadre d’un simple conflit localisé. C’est une véritable urgence humanitaire et sécuritaire, dont les répercussions menacent l’ensemble du Grand Nord-Kivu.
Les populations, elles, n’attendent plus des discours, mais des actes concrets : une sécurité restaurée, une aide humanitaire réelle, et la relance des services essentiels. Tant que les armes continueront de parler, la vie restera suspendue dans cette région oubliée.
Roger KAKULIRAHI

