Kinshasa, 18 juin 2025- Dans une déclaration lue, mercredi 18 juin, au cours d’un point de presse, à Kinshasa, les Doyens de la Société civile du Sud-Kivu ont présenté une note de plaidoyer adressée au gouvernement américain, centrée sur l’accord stratégique « minerais- sécurité” proposé par Kinshasa à Washington. Un appel puissant pour une paix durable, ancrée dans une vision lucide des défis internes et des responsabilités régionales. Ce deal est considéré comme une opportunité historique à ne pas rater.
Cette note de 21e pages, conçue durant 2 mois est intitulée “:La RD Congo, avenir de la région des Grands Lacs africains. Prospective d’une paix durable et mutuellement bénéfique à l’horizon 2040”.
Elle est adressée au Conseiller spécial du président Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, avec ampliation au président togolais Faure Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine.
Pour les Doyens du Sud-Kivu, Gang Karume, Philippe Ruvunangiza, Odile Bulabula, Oswald Rubasha et Adrien Zawadi, il s’agit d’un moment clé de l’histoire congolaise.
“La population congolaise de l’Est (Sud-Kivu, Nord-Kivu, Ituri…)et de l’Ouest (Kwamouth dans le Maindombe) ne rêve que de pai et rien que la paix, une paix profonde et durable. Certes pas n’importe quelle paix mais une paix qui lui redonne l’espoir et la garantie de vivre dignement comme congolais sur le territoire congolais, peut-on lire dans le document, coordonné par Mme Nene Bintu, présidente de la Société civile du Sud-Kivu, avec un appui logistique de CEDECO asbl.
Par ailleurs, les doyens de la société civile salue l’initiative du président Félix Tshisekedi d’un partenariat stratégique avec les États-Unis, dans lequel l’exploitation des minerais serait conditionnée à des investissements concrets dans la sécurité et les infrastructures congolaises.
S’inspirant du Plan Marshall post-Seconde Guerre mondiale, les Doyens appellent à un programme ambitieux de reconstruction, soulignant que les USA peuvent aider la RDC à renaître des cendres des conflits et jouer un rôle structurant pour la stabilité régionale.
Toutefois, la société civile ne se contente pas de pointer l’étranger. Elle fait une autocritique sévère du système congolais, évoquant les tares internes qui minent toute tentative de relèvement.
“Kagame n’est pas l’unique responsable de tous les malheureux du Congo”, affirment-ils, listant les détournements, le délabrement des infrastructures, et l’échec chronique de l’État à fournir des services de base.
Les exemples sont concrets : routes impraticables entre Bukavu et Goma, enclavement dramatique de Shabunda, ou encore l’abandon du tronçon Bukavu–Fizi.
Mise en cause du Rwanda et des “alibis historiques”
Les Doyens déconstruisent ensuite les justifications avancées par Kigali pour ses interventions militaires répétées en RDC : revendications territoriales, protection des minorités rwandophones, et lutte contre les FDLR.
Ils dénoncent des “alibis” et rappellent que la majorité des ex-FDLR a été rapatriée, et que les minorités rwandophones en RDC ne sont ni opprimées ni menacées, mais souvent hostiles à l’instrumentalisation de leur identité.
Ils mettent également en garde si Kigali continue à distordre l’histoire, tout en promettant d’ouvrir la boîte de Pandore”, invoquant des réalités historiques comme le royaume du Bushi, jadis étendu jusqu’au cœur du Rwanda.
Recommandations fortes aux États-Unis
Le plaidoyer se conclut par des recommandations ciblées au gouvernement américain :
- Appuyer la reconstruction de l’État congolais, en misant sur la lutte contre la corruption et la gouvernance.
- Encourager le processus démocratique au Rwanda et le respect des droits humains.
- Envisager une coopération régionale systémique via la relance de la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs.
- Soutenir l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU (février 2025).
- Favoriser les échanges entre sociétés civiles pour déconstruire les logiques ethniques et guerrières.
Les Doyens insistent enfin sur l’impératif d’une justice réelle. “La justice est une garantie de non-répétition”, affirment-ils.
Cédric BEYA

