Mambasa, 22 juin 2025- À Beni, la coordination de la société civile fait part de vives inquiétudes après la signature d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, intervenue le 18 juin dernier à Washington. Pour cette structure citoyenne, cette initiative diplomatique risque d’occulter les revendications fondamentales de justice et de vérité portées par les victimes des violences armées dans l’Est du pays.
Dans cette région meurtrie par des décennies de conflits, les communautés locales redoutent que l’accord ouvre la voie à une intégration politique ou sécuritaire de personnes soupçonnées d’exactions graves. La société civile craint un processus qui ferait l’impasse sur la reconnaissance des responsabilités, au profit d’une paix de façade dictée par des impératifs géostratégiques.
Ce scepticisme s’ancre dans un passé marqué par des engagements non tenus, des accords précipités, et l’absence de mécanismes crédibles pour garantir la fin de l’impunité. En réaction, des recommandations concrètes ont été adressées à l’Union européenne et au Conseil de sécurité des Nations unies, afin d’encadrer le processus en cours et d’y intégrer les exigences de redevabilité.
L’accord signé prévoit notamment :
- le respect de l’intégrité territoriale des deux pays,
- l’arrêt des hostilités,
- le désarmement des groupes armés,
- la mise en place d’un mécanisme conjoint de sécurité,
- la facilitation du retour des déplacés et réfugiés,
- et un projet de coopération économique régionale.
Cependant, pour les forces vives de Beni, aucune stabilité durable ne pourra émerger sans identification et jugement des auteurs des crimes perpétrés en RDC. Elles estiment qu’une paix véritable doit reposer sur un processus transparent, fondé sur la mémoire, la justice et le respect de la souveraineté nationale.
Dans un contexte régional encore tendu, la société civile appelle à une vigilance constante. Elle exhorte les autorités congolaises à ne pas sacrifier la dignité des victimes sur l’autel d’une réconciliation diplomatique, et à faire de la quête de justice le socle de toute paix durable.
Roger KAKULIRAHI

