Butembo, 24 juin 2025- À Aru, territoire frontalier de l’Ouganda, s’est ouvert le lundi 23 juin un deuxième cycle de dialogue entre les groupes armés actifs en Ituri et les autorités provinciales. Si l’initiative est saluée, la société civile d’Alur Djuganda, en première ligne face aux violences, appelle à la fin des déclarations sans suite. Elle exige des engagements concrets et visibles sur le terrain.
Ce nouveau dialogue est censé ouvrir une voie vers la paix dans une province meurtrie depuis plusieurs années. Pourtant, dans la chefferie des Alur Djuganda, la confiance s’amenuise. Selon la société civile locale, ce n’est pas la première fois que des accords sont signés, sans que les populations en ressentent les effets. D’où cet appel ferme à la responsabilité, lancé dès l’ouverture des assises.
“Il est temps que les actes remplacent les paroles”, insiste Joseph Bercocan, coordonnateur de la société civile de cette chefferie, actuellement en mission à Bunia. Il rappelle que sa communauté vit sous la menace constante des groupes armés, notamment Zaïre et CODECO, et que la population n’a constaté aucun renforcement sécuritaire réel depuis les dialogues précédents.
La frustration est d’autant plus grande que les acteurs autour de la table sont, pour la plupart, les mêmes que lors du premier round de discussions. Les engagements pris à l’époque n’ont pas été respectés, selon les témoignages recueillis sur place. Cette répétition sans impact alimente un sentiment d’inutilité du processus, voire de manipulation.
“On ne peut pas construire la paix sur de belles paroles, il faut des résultats, des engagements suivis d’effets sur le terrain”, déclare un membre influent de la société civile d’Aru. Pour les populations locales, la priorité est claire : désarmer les groupes armés, restaurer l’autorité de l’État, et permettre enfin un retour à une vie normale.
Tout en saluant l’organisation du dialogue, la société civile insiste sur l’importance d’un suivi rigoureux. Elle demande que chaque engagement soit documenté, encadré et évalué, avec des sanctions en cas de non-respect. Le retour de la sécurité passe par la cohérence des actions et la volonté réelle des parties prenantes.
Dans un climat de méfiance, la population garde l’œil ouvert. “Wait and see”, disent certains, entre espoir prudent et résignation. Mais une chose est claire : les Congolais d’Ituri ne veulent plus de promesses sans lendemain.
Roger KAKULIRAHI

