Denis Mukwege : “En signant cet accord, le régime de Kinshasa a abandonné sa souveraineté aux forces d’agression”

Beni, 28 juin 2025 – Lors d’une soirée de soutien à l’hôpital de Panzi, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a réagi avec gravité à la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, négocié sous l’égide des États-Unis. À la veille du 65e anniversaire de l’indépendance congolaise, il dresse un tableau sombre de la situation du pays, dénonçant une fausse paix consacrant, selon lui, la perte de souveraineté du Congo et la légitimation de l’occupation militaire étrangère.

Le médecin congolais exprime ses profondes réserves sur le contenu et les conditions de cet accord. Il critique notamment la poursuite autorisée des opérations militaires rwandaises sur le territoire congolais, malgré leur rôle dans les violences ayant causé des millions de morts et de déplacés. Mukwege pointe du doigt un processus opaque et excluant, dominé par des intérêts étrangers, qui sacrifie la justice et les droits fondamentaux des populations.

“ Nous pouvons dire qu’en signant cet accord, le régime de Kinshasa a abandonné sa souveraineté aux mains des forces d’agression, et légitime l’occupation ainsi que les opérations d’une armée responsable de millions de morts, de centaines de milliers de femmes violées et du déplacement de millions de Congolais”, déclare-t-il.

Plus encore, le Dr Mukwege alerte sur les implications économiques de l’accord, qui prévoit une cogestion des ressources naturelles entre la RDC et le Rwanda. Il dénonce une nouvelle forme de pillage néocolonial, où les minerais congolais seraient transformés et exportés par le Rwanda, au détriment du développement du Congo. Selon lui, cet accord représente un abandon inacceptable des richesses du pays et de son avenir.

Il dénonce également l’approche bilatérale privilégiée par les États-Unis face à une crise qu’il considère comme ayant une dimension régionale.

“Je profite de cette tribune pour dénoncer l’approche bilatérale privilégiée par Washington face à une crise dont la dimension est largement régionale, avec la présence de diverses armées étrangères sur le territoire congolais, notamment celles de l’Ouganda et du Burundi, entretenue par des intérêts géostratégiques qui touchent au fonctionnement de l’économie mondiale ”, regrette le prix Nobel de la paix 2018.

Pour lui, la population congolaise doit se mobiliser pour sauver la souveraineté du pays.

Magloire TSONGO

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