Beni, 1er Juillet 2025- Le 30 juin 2025, la République Démocratique du Congo a célébré le 65e anniversaire de son accession à l’indépendance. À Beni, cette date symbolique a suscité de nombreuses réactions, révélant à la fois un sentiment de fierté nationale, un besoin d’introspection et une soif de changement profond. Loin d’être une simple commémoration festive, cette journée a été marquée par des réflexions sur la portée réelle de l’indépendance conquise en 1960.
Dans cette ville de l’Est de la RDC, régulièrement confrontée aux violences armées et à l’insécurité, plusieurs voix se sont élevées pour remettre en question le sens même de l’indépendance. Le souvenir de l’émancipation vis-à-vis du colonisateur reste vivant, mais pour beaucoup, cette souveraineté politique acquise il y a plus de six décennies n’a pas encore trouvé son expression dans les faits. La dépendance économique, l’ingérence dans les décisions stratégiques du pays, la faiblesse des institutions et la présence persistante de groupes armés sont autant de signes qui, aux yeux de nombreux habitants, traduisent une indépendance encore largement incomplète.
Du côté de la société civile, la célébration de cette date a été perçue comme une occasion de faire le bilan. Le pays, malgré ses immenses potentialités naturelles et humaines, reste confronté à des difficultés structurelles : mauvaise gouvernance, insécurité chronique dans certaines régions, chômage massif, déficit d’infrastructures et délitement du tissu social. Les préoccupations locales rejoignent ainsi des problématiques nationales, notamment en ce qui concerne la justice, la paix et la reconstruction d’un État capable de garantir les droits fondamentaux de ses citoyens.
Au sein de la jeunesse de Beni, les réactions sont mitigées. Si certains jeunes expriment leur fierté d’être Congolais et leur attachement à la mémoire nationale, d’autres dénoncent un climat de résignation, alimenté par l’absence de perspectives concrètes et par un manque d’encadrement. Des tensions générationnelles sont également pointées du doigt, freinant le passage du flambeau et limitant l’émergence d’une nouvelle élite engagée. Pourtant, une partie de cette jeunesse croit encore en la possibilité d’un sursaut collectif, fondé sur l’unité, la solidarité et l’éducation.
La commémoration du 30 juin à Beni n’a donc pas été vécue uniquement comme un moment de célébration. Elle a aussi mis en lumière les fractures sociales, les attentes profondes de la population, mais aussi l’espoir que quelque chose peut encore changer. L’indépendance n’est plus seulement un souvenir glorieux ; elle est devenue une exigence d’actualité, un objectif à atteindre pleinement.
Roger KAKULIRAHI.

