Mambasa, 6 octobre 2025- Dans un rapport publié depuis le jeudi 2 octobre dernier, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dresse un tableau alarmant de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Le document accuse l’Alliance des forces du changement (AFC/M23), soutenue par l’armée rwandaise, d’avoir poursuivi son expansion militaire au Nord-Kivu tout en commettant de graves violations des droits humains.
Selon le rapport, ces trois derniers mois, l’AFC/M23 a étendu son contrôle dans les territoires de Walikale et de Masisi, multipliant les opérations contre les bastions des FDLR et des groupes Nyatura. L’ONU a recensé 1 154 violations et atteintes aux droits humains à travers la RDC sur cette période, dont 539 exécutions sommaires attribuées au mouvement rebelle.
Dans la chefferie de Bwisha, l’une de ces opérations aurait conduit au massacre d’au moins 335 civils, dont 52 femmes et 24 enfants — un des bilans les plus lourds depuis la résurgence du mouvement en 2022. L’AFC/M23 rejette ces accusations : “Oui, nous nous sommes battus avec les FDLR dans la région, pas contre des civils. Il y a eu des morts dans les deux camps, mais les chiffres donnés sont faux”, a réagi un porte-parole du mouvement.
Le rapport du secrétaire général évoque aussi la poursuite du recrutement volontaire et forcé dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Plus de 1 400 personnes arrêtées arbitrairement auraient été envoyées dans des camps d’entraînement militaire à Rutshuru. Le mouvement nie ces faits, tout en reconnaissant disposer « d’une prison dans la région ». Les experts onusiens documentent également des destructions d’habitations, de commerces et des déplacements massifs de populations, aggravant la crise humanitaire.
Antonio Guterres déplore en outre de nombreuses entraves à l’action de la Monusco dans les zones contrôlées par l’AFC/M23. Privée de liberté de mouvement, notamment à Goma, la mission se retrouve « asphyxiée » : retards de livraison en carburant et en vivres, difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, réduction du personnel et des opérations. Les entreprises publiques locales, désormais sous contrôle de l’AFC/M23, auraient cessé d’approvisionner la Monusco, mettant en péril ses dispositifs vitaux. Le groupe armé accuse en retour la mission onusienne de ne pas s’acquitter de ses factures dans les zones qu’il contrôle.
Face à cette situation, le chef de l’ONU estime que « le statu quo n’est plus tenable » et appelle à des mesures urgentes pour garantir la sécurité du personnel onusien et le respect du mandat de la mission. Ce rapport paraît dans un contexte de reprise des combats entre les FARDC et l’AFC/M23. Selon la médiation régionale, un nouveau round de pourparlers de paix entre Kinshasa et l’AFC/M23 est attendu à Doha dans les deux prochaines semaines. Un rendez-vous crucial, alors que la situation sur le terrain continue de se détériorer et que les appels à un cessez-le-feu restent sans effet.
Roger KAKULIRAHI

