Beni, 27 Novembre 2025 – L’annonce récente de la Province de Kinshasa d’interdire la circulation des taxis-motos et tricycles sur plusieurs grands axes de la capitale continue de susciter interrogations et inquiétudes. Présentée comme une mesure destinée à renforcer la sécurité et fluidifier un trafic devenu chaotique, elle soulève cependant de nombreuses critiques, notamment du côté des organisations engagées auprès des jeunes entrepreneurs.
Parmi elles, l’ASBL Nouvel Espoir pour l’Afrique (NEPA-RDC) alerte sur les risques sociaux et économiques d’une stratégie fondée essentiellement sur la répression. Sa présidente, Brigitte Muleka, estime que la décision provinciale “ne s’attaque pas à la racine du problème, mais pénalise ceux qui dépendent de cette activité pour survivre”. Elle y voit une approche précipitée, sans perspective durable.
Pour NEPA-RDC, le désordre observé sur les routes de Kinshasa n’est pas imputable aux conducteurs en tant que tels, mais à un manque criant d’encadrement public. Depuis des années, l’activité se développe sans cadre réglementaire solide, laissant les jeunes travailler dans l’informel, sans formation ni identification. Les autorités, déplore l’organisation, tentent aujourd’hui de corriger une défaillance structurelle par la sanction plutôt que par la prévention.
Dans une ville où le chômage des jeunes demeure alarmant, la question n’est pas seulement sécuritaire : elle est sociale. Le secteur des deux et trois-roues représente pour des milliers de Kinois une source vitale de revenus. L’interdire sur de larges portions du réseau routier, estime NEPA-RDC, revient à fragiliser davantage cette population déjà vulnérable. L’économie urbaine elle-même s’en trouverait ralentie, tant les motos contribuent à la mobilité des personnes et des marchandises.
Pour la présidente Brigitte Muleka, la véritable urgence réside ailleurs. “Le problème n’est pas la moto, c’est l’absence de formation et de contrôle. La solution n’est pas dans la fourrière, mais dans l’école, dans l’identification et dans la professionnalisation”, affirme-t-elle. Selon elle, c’est dans la mise à niveau et la certification que se situe la seule voie réaliste pour assainir le secteur.
NEPA-RDC plaide en faveur d’un dispositif articulé autour de trois piliers celui d’une formation obligatoire axée sur la maîtrise du Code de la route et les règles de civisme ; un registre unique permettant d’identifier clairement chaque conducteur ; et un encadrement administratif donnant aux jeunes un statut légal pour sortir de l’informel. Cela permettrait non seulement de renforcer la sécurité routière, mais aussi de responsabiliser les acteurs du secteur.
L’organisation souligne par ailleurs que des solutions existent déjà. Le projet MotoSékur Académie, initié par NEPA RDC et développé en partenariat avec le Ministère des Transports, propose un modèle de formation et d’identification qui pourrait être déployé à grande échelle. L’initiative, selon NEPA-RDC, représente une alternative concrète aux mesures d’interdiction, en offrant un cadre professionnel crédible aux motocyclistes et tricyclistes.
Pour les défenseurs d’un encadrement plutôt que d’une répression, la voie à suivre est claire : réguler sans détruire, structurer sans exclure. À l’heure où la capitale congolaise cherche à moderniser sa mobilité, c’est un choix d’avenir que devront assumer les autorités provinciales.
Magloire TSONGO









