Kinshasa, 22 décembre 2025- “Le président Félix Tshisekedi n’a jamais arraché une mine à Corneille Nangaa”. Cette affirmation est celle de Mills Tshibangu, journaliste d’investigation congolais, faite lors d’une conférence de presse tenue, dimanche 21 décembre 2025 à Kinshasa, au terme d’une enquête sur un dossier qui fait couler beaucoup d’encres.
En effet, depuis plusieurs mois, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) soutient, dans ses prises de parole, que le chef de l’État lui aurait retiré une concession minière, faisant de cette prétendue spoliation l’un des arguments avancés pour justifier son basculement dans la violence armée. Une version des faits que l’enquête journalistique menée par Mills Tshibangu contredit, documents officiels à l’appui.
Au cœur de cette controverse figure un projet minier aurifère dénommé ZANI-KODO, situé dans la province de l’Ituri. Selon les conclusions de l’enquête, ce projet n’a jamais appartenu à Corneille Nangaa, ni de près ni de loin, au sens juridique et minier du terme.
“Nous avons mené une enquête, nous avons appelé, nous avons recoupé. Et nous nous sommes rendu compte que cette histoire est fausse. Nangaa n’a jamais détenu une mine. Et le chef de l’État ne lui a arraché ni une concession minière, ni un projet minier quelconque. Dire que Tshisekedi a arraché une mine à Nangaa, c’est faux. Les documents le prouvent », explique Mills Tshibangu.
Les documents consultés établissent que le projet ZANI-KODO est porté par la société Kodo Resources, une joint-venture issue d’un partenariat entre la Société Minière de Kilo-Moto (SOKIMO), entreprise publique de l’État congolais, et la société privée Pianeta Mining and Trading SARL.
Pour étayer ses affirmations, le journaliste s’est notamment référé aux registres officiels du Cadastre minier (CAMI).
“Les documents sont là. Les permis sont là. Et ils sont clairs : les mines appartiennent à l’État congolais”, insiste-t-il.
Mills Tshibangu souligne qu’aucun titre minier, aucun permis d’exploitation, aucun document légal ne mentionne Corneille Nangaa comme propriétaire ou détenteur d’une concession minière liée au projet ZANI-KODO.
L’enquête révèle toutefois que Corneille Nangaa est intervenu dans ce dossier en tant que partenaire financier, et non comme titulaire d’un droit minier. À ce titre, environ 4,3 millions de dollars américains ont été injectés dans le projet, dans le cadre d’accords conclus avec les promoteurs de Kodo Resources.
Le dossier ZANI-KODO prend racine en 2018, au moment de la transition politique entre l’ancien président Joseph Kabila et l’actuel chef de l’État Félix Tshisekedi. Une période marquée par la redécouverte de plusieurs dossiers sensibles par les nouvelles autorités.
Selon l’enquête, c’est à ce moment-là que des irrégularités dans l’acquisition et la récupération du titre minier attirent l’attention de la Présidence de la République et des services spécialisés.
“Cette mine n’a pas été acquise dans les règles du jeu. Il faut être honnête. Quand la Présidence découvre cela, elle veut comprendre. Les services de sécurité commencent alors à poser des questions”, affirme Mills Tshibangu.
L’enquête met également en lumière le rôle d’un membre du gouvernement, présenté comme un acteur central du dossier à un moment clé. Selon le journaliste, son entrée dans le dossier marque un tournant décisif.
À partir de là, plusieurs partenaires, notamment étrangers, ont été poussés vers la sortie, parfois sous la menace de poursuites judiciaires ou de blocages administratifs. Pour Mills Tshibangu, ce dossier illustre un mal plus profond : l’insécurité persistante des investissements en République démocratique du Congo.
“Aujourd’hui, beaucoup d’investisseurs fuient le pays à cause de ces pratiques : demandes de commissions, accaparement des projets juteux, instrumentalisation de la justice”, déplore-t-il.
La rédaction

