Kinshasa, 31 mars 2026- Depuis 1885, l’histoire institutionnelle de la République démocratique du Congo est marquée par une succession de textes fondamentaux, présentés comme des Constitutions, mais dont la genèse interroge profondément leur nature véritable.
À bien y regarder, une question s’impose avec force: avons-nous réellement déjà eu une Constitution issue du peuple, pensée par le peuple et pour le peuple?
1. Une histoire constitutionnelle née sans le peuple
Le premier acte fondateur, en 1885, sous Léopold II, ne souffre d’aucune ambiguïté : il ne s’agissait pas d’une Constitution, mais d’un instrument de domination coloniale. Le peuple congolais n’y existait ni juridiquement, ni politiquement.
La Charte coloniale de 1908 poursuivra cette logique. Pendant près d’un siècle, l’organisation du territoire fut dictée de l’extérieur, sans aucune expression de souveraineté populaire.
2. L’indépendance : une souveraineté encadrée.
En 1960, la loi fondamentale de l’indépendance marque une rupture historique. Mais elle demeure le produit d’un compromis négocié dans le cadre de la Table ronde de Bruxelles. Là encore, le peuple congolais n’a pas été directement constituant : il a hérité d’un texte élaboré dans un contexte diplomatique et politique encadré.
3. Des Constitutions de crise et de pouvoir.
La Constitution de Luluabourg en 1964 naît dans un contexte de fragmentation nationale. Celle de 1967, sous Mobutu Sese Seko, consacre un pouvoir central fort issu d’un changement de régime.
Les textes de 1994 et de 2003 sont, quant à eux, les produits directs de négociations politiques dans des contextes de crise et de guerre. Ils traduisent des équilibres entre forces en présence, bien plus qu’une volonté populaire exprimée librement.
4. 2006 : une validation populaire sans véritable co-construction.
La Constitution actuelle de 2006 introduit un élément fondamental : le référendum. Le peuple congolais est appelé à se prononcer.
Mais là encore, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître :
le texte n’est pas né d’un processus constituant populaire. Il a été élaboré en amont par des élites politiques, dans un contexte post-conflit fortement encadré, puis soumis à validation.
Le peuple a dit “oui”. Mais il n’a pas réellement écrit.
5. Le constat : une tradition constitutionnelle inachevée.
Ce parcours historique révèle une constante : nos Constitutions sont nées des crises, des compromis politiques ou des dynamiques de pouvoir rarement d’un véritable processus constituant populaire.
Cela ne signifie pas qu’elles sont illégitimes. Mais cela signifie qu’elles sont incomplètes dans leur essence démocratique.
6. Le défi de notre génération.
Aujourd’hui, la question n’est pas simplement de changer ou de réviser la Constitution. Non.
La vraie question est plus profonde :
Comment passer d’une Constitution validée par le peuple à une Constitution véritablement conçue par le peuple?
Car une Nation ne se consolide durablement que lorsque son pacte fondamental est pleinement approprié, compris et porté par ses citoyens.
En Conclusion:
Dire que la RDC n’a jamais eu une Constitution du peuple n’est pas une provocation.
C’est un constat historique.
Et c’est surtout un appel :
Celui d’ouvrir une nouvelle étape, où le peuple congolais ne sera plus seulement consulté, mais pleinement constituant de son destin constitutionnel.
Jean Thierry Monsenepwo
Ambassadeur – PCA – Analyste géopolitique et stratégique

