Kinshasa, 18 mai 2026- Le débat sur l’avenir de la Constitution congolaise de 2006 continue de s’intensifier dans les milieux politiques et juridiques. À Kinshasa, une nouvelle prise de position relance la discussion autour d’une éventuelle refondation du texte fondamental.
Me Patrick Mutombo Buzangu, Coordonnateur adjoint des Forces Politiques Alliées de l’UDPS (FPAU), s’est prononcé en faveur d’un changement en profondeur du cadre constitutionnel actuel, allant jusqu’à défendre l’idée de son abrogation.
Selon lui, le modèle constitutionnel issu des indépendances africaines a longtemps été marqué par une forte concentration du pouvoir exécutif, limitant l’effectivité des mécanismes démocratiques. Il considère que les textes adoptés dans les années 1960 relevaient d’une première phase du constitutionnalisme africain, encore imparfaite dans sa mise en œuvre.
“Les constitutionnalistes ont appelé cette période la première génération du constitutionnalisme africain”, rappelle-t-il, en évoquant des régimes où le pluralisme institutionnel restait limité.
Il souligne ensuite l’évolution intervenue dans les années 1990, marquée par l’émergence d’un constitutionnalisme dit libéral, fondé sur la limitation des mandats, la souveraineté populaire et la protection des libertés fondamentales.
“Cette deuxième génération a introduit des avancées majeures : la reconnaissance de la souveraineté populaire, la limitation des mandats, la protection contre l’arbitraire et la consolidation des libertés publiques”, explique-t-il.
Mais pour Me Mutombo, ces principes ne doivent pas être appliqués de manière rigide, sans tenir compte des réalités propres à chaque pays.
”La limitation des mandats ne doit pas devenir un fétichisme politique”, affirme-t-il, estimant qu’elle doit être appréciée au regard du contexte national et de la volonté du peuple souverain.
Concernant la République démocratique du Congo, il remet en question l’efficacité du mandat présidentiel de cinq ans.
”En réalité, un président de la République élu pour cinq ans n’exerce effectivement que pendant deux ans et demi”, soutient-il, en évoquant les contraintes liées aux alliances politiques, aux négociations institutionnelles et aux remaniements successifs.
Il estime que cette situation réduit considérablement le temps utile de gouvernance et fragilise l’action publique.
“La première année est une année d’installation, et les suivantes sont souvent dominées par les équilibres politiques et les calculs électoraux”, ajoute-t-il.
Face à ce constat, il juge insuffisantes les simples révisions constitutionnelles.
“Il nous faut passer par le renouveau, c’est-à-dire la table rase à faire sur l’actuelle Constitution”, déclare-t-il, plaidant pour l’abrogation du texte de 2006.
Il estime qu’un nouveau cadre constitutionnel devrait être élaboré en tenant compte des réalités “anthropologiques, axiologiques et culturelles” de la République démocratique du Congo.
S’exprimant au nom des Forces Politiques Alliées de l’UDPS, Me Patrick Mutombo Buzangu inscrit ainsi sa position dans un débat plus large sur la refondation institutionnelle du pays.

