Kinshasa, 30 janvier 2025- Le lithium de Manono, en République démocratique du Congo (RDC), représente l’une des plus grandes réserves mondiales de ce métal stratégique, essentiel à la transition énergétique et à l’économie verte. Pourtant, malgré son potentiel exceptionnel, l’exploitation industrielle de ce gisement peine à voir le jour, empêtrée dans un imbroglio juridique, financier et politique.
Ce retard n’est pas dû à un manque d’intérêt. En effet, trois sociétés s’étaient associées en joint-venture pour développer ce qui aurait pu être le plus grand projet d’extraction de lithium au monde : Avz Minerals, une entreprise australienne, Cominière, représentant les intérêts de l’État congolais, Datomir, un autre acteur privé.
Mais alors que les études d’expertise confirmaient l’importance de cette réserve, les désaccords entre partenaires ont paralysé l’initiative.
Le différend est né d’une volonté de renégociation des parts et des engagements financiers de chaque partie. Datomir, notamment, s’est opposé au paiement de 15 % des contributions initialement prévues. Face à cette impasse, l’affaire a été portée devant le tribunal de commerce de Kinshasa.
Sur demande d’Avz Minerals, un compte séquestre de 20 millions de dollars a été créé, dans l’attente d’un règlement du litige. Ce fonds devait permettre, une fois le différend résolu, de relancer le projet et d’assurer son bon déroulement.
La situation aurait pu être débloquée grâce à l’implication des autorités congolaises, y compris du président Félix Tshisekedi lui-même, soucieux de voir ce projet stratégique aboutir. Mais les espoirs ont rapidement été douchés lorsqu’il a été découvert que des prélèvements suspects avaient été effectués sur le compte séquestre.
Ces fonds, qui devaient rester intouchables jusqu’à une décision définitive, auraient été utilisés par Avz Minerals pour soudoyer des responsables et influencer l’issue du litige à son avantage. Si ces allégations sont avérées, elles mettraient en lumière une pratique opaque qui compromet l’un des projets miniers les plus prometteurs pour l’économie congolaise.
Le lithium de Manono aurait pu offrir à la RDC un levier économique majeur dans l’industrie des batteries et des énergies renouvelables. Cependant, entre luttes d’influence, jeux de pouvoir et corruption présumée, ce projet peine à décoller.
Ce blocage industriel est une occasion manquée pour le pays, qui aurait pu se positionner en acteur incontournable sur le marché mondial du lithium. Aujourd’hui, alors que les négociations restent dans l’impasse, la RDC voit ses richesses naturelles exploitées au ralenti, au détriment de son développement et de sa souveraineté économique.

