Kinshasa, 24 Avril 2025- Alors que la République démocratique du Congo participe aux discussions de Doha autour de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, des voix s’élèvent sur les réseaux sociaux pour dénoncer une supposée incohérence de la part du Président Félix Tshisekedi. Certains y voient une contradiction entre ses déclarations passées- notamment le refus catégorique de toute légitimation du M23 et la participation de Kinshasa à des pourparlers régionaux.
Pour Thierry Monsenepwo, cette critique relève d’une incompréhension du leadership en temps de crise. “Il est facile de se scandaliser derrière un écran. Plus difficile de comprendre la lourde responsabilité de la paix quand on est à la tête d’une nation”, affirme-t-il.
Une méthode, pas une concession
Contrairement à ce que certains laissent entendre, la position de la RDC demeure claire : il n’a jamais été question de reconnaître politiquement le M23 ni de lui accorder un quelconque statut institutionnel. La présence congolaise à Doha s’inscrit dans une logique de désescalade régionale, encadrée par des partenaires internationaux, et non dans un accord de partage de pouvoir.
Il rappelle que cette approche n’est pas inédite sur la scène internationale. En 2016, la Colombie a conclu un accord de paix avec les FARC une guérilla responsable de dizaines de milliers de morts sans pour autant valider leurs crimes ou leurs méthodes. Le but : mettre fin à un cycle de violences, tout en rendant justice aux victimes.
Quand le Président Tshisekedi déclarait qu’aucune légitimation du M23 n’était envisageable, il parlait au nom des victimes : celles de Kishishe, des femmes violées, des enfants déplacés. “Cette mémoire, il la défend toujours”, souligne Monsenepwo. Ce qui se discute aujourd’hui, ce sont les conditions d’un désarmement, d’un retrait du front, et d’une réinsertion régionale encadrée, et non une forme de pardon déguisé.
Il rappelle également que cette ligne est cohérente avec le processus de Nairobi, lancé pour tous les groupes armés de l’Est y compris le M23 avant son alliance avec Kigali. Ce sont ces derniers qui ont rompu le dialogue, pas Kinshasa.
Refuser le piège de l’émotion
“Il est tentant de vouloir la guerre totale. Mais qui va en payer le prix ?” interroge l’ambassadeur. Les critiques virtuelles ne coûtent rien. En revanche, chaque balle tirée, chaque bombe larguée, c’est une vie congolaise en jeu — civile ou militaire.
Pour Thierry Monsenepwo, un leadership responsable ne se laisse pas dicter par les tendances sur Twitter, mais agit pour préserver des vies et construire une paix durable. Il cite à ce titre l’exemple de l’Accord du Vendredi saint en Irlande du Nord, résultat de négociations indirectes entre le Royaume-Uni et l’IRA, pourtant longtemps classée comme organisation terroriste.
Une paix sans impunité
La RDC, affirme-t-il, refuse toute intégration politique ou militaire du M23. Le message est clair : il ne s’agit pas d’oublier, encore moins de blanchir. Il s’agit d’éviter que l’histoire ne se répète.
“Félix Tshisekedi refuse de faire plaisir à la foule pour échouer dans l’histoire. Il avance avec lucidité, car la paix, ce n’est pas un slogan, c’est une construction”, conclut Monsenepwo.

