Butembo, 23 juin 2025- Dans une déclaration rendue publique, lundi 23 juin, l’organisation Badilika Droits Humains, basée au Nord-Kivu, tire la sonnette d’alarme sur les menaces que ferait peser sur l’État de droit l’intégration dans les institutions congolaises de membres de groupes armés impliqués dans des crimes graves. Cette alerte intervient à quelques jours de la signature officielle d’un accord de paix entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, prévue le 27 juin en présence du secrétaire d’État américain, Marco Rubio.
Selon Badilika, le texte de l’accord paraphé le 18 juin 2025 par les équipes techniques des deux pays – avec la participation de la sous-secrétaire américaine aux affaires politiques, Allison Hooker – contiendrait des dispositions favorables à l’intégration politique de certains chefs rebelles. Ces derniers sont accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes terroristes dirigés contre des civils congolais.
L’organisation estime qu’une telle démarche constitue une grave atteinte aux principes de justice, de vérité et de responsabilité. Elle risquerait de compromettre les efforts entrepris par la RDC en matière de lutte contre l’impunité, tout en envoyant un message décourageant aux communautés meurtries par des années de violence. Badilika avertit qu’en intégrant d’anciens belligérants aux instances de l’État, le pays pourrait non seulement légitimer les atrocités passées, mais aussi exposer davantage les défenseurs des droits humains ayant documenté ces crimes.
Dans son appel, l’organisation exhorte le président Félix-Antoine Tshisekedi à renoncer à tout compromis politique avec les auteurs de violations graves des droits humains, et à privilégier un processus de justice transitionnelle basé sur la vérité, la réparation et la garantie de non-répétition. Elle appelle également les États-Unis à conditionner leur soutien à la RDC au respect des engagements en matière de droits humains.
Enfin, BADILIKA enjoint la communauté internationale à se montrer vigilante et à s’opposer fermement à toute tentative de « blanchiment politique » des anciens chefs de guerre. Pour l’organisation, la mémoire des victimes ne peut être sacrifiée au nom d’une stabilité politique éphémère.
La déclaration, signée à Goma par le coordonnateur de l’organisation, Kambale Nguka Patrick, rappelle que les victimes attendent toujours justice, et que la paix durable ne saurait être bâtie sur l’oubli ou la compromission.
Roger KAKULIRAHI

