Beni, 8 juillet 2025- La tension était vive, lundi 7 juillet, dans la chefferie des Bashu, en territoire de Beni, où plusieurs centaines de cultivateurs du Graben sont descendus dans la rue. Objectif : dénoncer la destruction de leurs champs et exiger une délimitation claire du Parc national des Virunga. Selon les manifestants, des présumés éco-gardes auraient incendié des récoltes, détruit des installations agricoles et emporté des biens de valeur la semaine précédente.
Partie du centre de Bulambo aux environs de 10 heures, la marche pacifique a traversé plusieurs localités. Une première escale a été marquée au bureau du groupement Isale Bulambo, où une copie du mémorandum a été remise à l’autorité locale, représentée par Shayira Jackson. La marche s’est ensuite poursuivie jusqu’au bureau de la chefferie à Butungera, situé à plusieurs kilomètres de là.
La foule, composée d’hommes, de femmes et d’enfants, a exprimé son ras-le-bol face aux violences présumées dont elle dit être victime. Les manifestants affirment que des champs entiers ont été détruits dans la zone du Graben, une plaine agricole riche en production vivrière. On parle notamment de plusieurs maisonnettes brûlées, de tonnes de riz paddy réduites en cendres, d’un tracteur endommagé, et d’autres outils ou récoltes emportés.
Arrivés à Butungera, les manifestants ont été reçus par le secrétaire administratif de la chefferie des Bashu, Katembo Misisa Musabahe. Celui-ci a accusé réception du mémorandum et promis de le transmettre aux instances compétentes. Ce geste a été salué par les organisateurs de la marche, qui ont exprimé leur satisfaction tout en appelant à la vigilance.
Cette mobilisation remet en lumière les tensions persistantes entre les communautés riveraines du Parc des Virunga et les agents de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN). Alors que la conservation de la biodiversité est un enjeu mondial, les populations locales, elles, revendiquent leur droit à exploiter les terres qu’elles occupent parfois depuis des générations.
Dans leur mémorandum, les manifestants demandent notamment la délimitation participative et officielle des frontières du parc, afin d’éviter toute confusion entre les terres agricoles et les zones protégées. Ils plaident également pour une cohabitation pacifique entre agriculture et conservation, soutenue par un dialogue franc entre autorités coutumières, services de l’État, et gestionnaires du parc.
Alors que le Parc national des Virunga célèbre ses 100 ans d’existence, cette nouvelle crise met en évidence la nécessité de repenser les mécanismes de gestion des aires protégées en intégrant les réalités socio-économiques des communautés riveraines. Faute de quoi, les conflits risquent de s’aggraver, au détriment de la paix, de la biodiversité, et de la sécurité alimentaire dans la région.
Roger KAKULIRAHI

