Objet : Réponse méthodique et documentée au bilan critique des droits de l’homme sous Félix Tshisekedi
Monsieur le Président de l’ASADHO,
J’ai pris connaissance, avec l’attention qu’elle mérite, de votre intervention relayée par Netic News le 4 juin 2026. En ma qualité d’observateur rigoureux des dynamiques juridiques et institutionnelles en République démocratique du Congo, je me dois d’apporter une réponse scientifique, factuelle et méthodique à vos affirmations. La crédibilité du débat sur les droits humains exige plus que des impressions : elle exige des preuves.
Permettez-moi de structurer ma réponse en cinq axes.
1. De la méthode : l’amalgame rhétorique au détriment de l’analyse comparée.
Vous affirmez que le pays est aujourd’hui « presque dans la même situation que sous le président Kabila ». Cette assertion relève de l’amalgame, non de la science juridique.
Comparer deux régimes exige une grille d’évaluation commune :
· Indicateurs quantitatifs:
nombre de détenus politiques reconnus par la CNDH, taux d’accès effectif à un avocat dans les 48h, durée moyenne de détention préventive;
· Indicateurs qualitatifs :
indépendance du juge, existence de contre-pouvoirs, liberté de la presse.
· Contextualisation:
état d’urgence vs droit commun, guerre d’agression à l’Est vs stabilité relative.
Or, votre intervention ne fournit aucun tableau longitudinal, aucune série statistique, aucune référence aux rapports de la CNDH, du MONUSCO-JDH ou des ONG internationales. Vous opposez deux perceptions globales. En droit international des droits de l’homme, l’intuition ne remplace jamais la démonstration.
2. Des « arrestations arbitraires » : l’absence de preuve n’est pas la preuve!
Vous dénoncez des arrestations arbitraires que vous assimilez aux méthodes de l’ANR sous Kabila. Cette comparaison exige rigueur.
Sous l’ancien régime, l’ANR fonctionnait comme une police politique hors contrôle judiciaire, avec des cachots illégaux documentés par l’ONU. Aujourd’hui, le cadre a changé :
· La Constitution de 2006, révisée, garantit l’habeas corpus;
· Le Code de procédure pénale impose le contrôle du juge;
· La CNDH et les barreaux peuvent saisir les juridictions.
La question scientifique est donc : y a-t-il systémisation ? Pouvez-vous produire dix cas nominatifs, datés, localisés, avec autorités mises en cause et décisions de justice ? Avez-vous saisi la CPI, le parquet général près la Cour de cassation, ou le Conseil supérieur de la magistrature ?
À défaut, confondre des dérives isolées, inévitables dans tout État, avec une politique d’État organisée, est une faute de méthode. L’imperfection n’est pas l’identité de système.
3. Sur la prétendue “ignorance” du Président : confusion entre centralisation et responsabilité
Vous vous étonnez que le Président déclare ne pas être informé de toutes les arrestations locales. Monsieur Katende, cette surprise révèle une méconnaissance du fonctionnement d’un État de droit.
Un chef d’État n’est ni le chef de la police judiciaire, ni le chef du parquet. Le principe de séparation des pouvoirs interdit justement une police politique centralisée rapportant tout au Palais. Si chaque arrestation dans un territoire devait remonter au Président, nous serions face à la preuve d’un État policier, non d’un État de droit.
La responsabilité du Président s’évalue à l’aune de sa réaction une fois informé des dérives s’il
Y’en a : ouverture d’enquêtes, suspensions, instructions au Garde des Sceaux. Or vous ne citez aucun cas où, alerté, il aurait couvert des violations. Au contraire, plusieurs suspensions d’officiers supérieurs pour bavures à l’Est démontrent le contraire. Le silence sur ce point décrédibilise votre charge.
4. Des avancées documentées que vous occultez : le biais de confirmation .
Vous reconnaissez des progrès en début de mandat :
réouverture de médias publics, fermeture de cachots clandestins, discours d’humanisation des services de sécurité. Puis vous affirmez que « cette dynamique s’est essoufflée » sans le démontrer.
Les faits contredisent cette thèse :
· Détention : libération de plusieurs dizaines de détenus politiques, dont Floribert Anzuluni et des détenus de Kanyama Kasese, par mesures de grâce ou décisions judiciaires dès l’entame du mandat du président de la République.
· Responsabilité : suspension et défèrement de hauts officiers des FARDC et de la PNC pour violations des droits humains, notamment dans les zones opérationnelles et même ici à kinshasa.
Cadre normatif : adoption en 2023 de la Loi n°23/027 portant protection et responsabilité des défenseurs des droits humains, que votre organisation a elle-même saluée.
Espace civique : tenue régulière de marches et de conférences de presse, même critiques, sans répression systématique comme par le passé.
Minimiser ces avancées parce qu’elles restent insuffisantes relève d’un biais de confirmation : ne retenir que les faits qui valident la thèse du “rien n’a changé”.
5. Conclusion scientifique : la nuance contre le verdict binaire
En recherche juridique, un bilan se mesure sur une échelle de progression, jamais par un verdict “tout ou rien”. Votre conclusion « la situation ne s’est pas du tout améliorée » est donc scientifiquement inexacte.
La réalité est plus complexe : des progrès institutionnels réels coexistent avec des défis persistants, aggravés par la guerre à l’Est, l’infiltration et certaines faiblesses de l’appareil judiciaire qui sont en train d’être améliorés. C’est cette nuance qui honore le combat des droits humains sous Félix Tshisekedi.
En guise de mot de la fin:
Monsieur Katende, votre vigilance est un rempart démocratique indispensable. Mais une vigilance utile est une vigilance documentée, chiffrée, équilibrée. En l’état, votre intervention, aussi médiatique soit-elle, sert objectivement ceux qui veulent déstabiliser un régime non paradisiaque comme tout régime de ce monde, mais engagé dans une transition démocratique sous pression de guerre.
Je réaffirme ma disponibilité pour un débat public contradictoire, articles, chiffres et jurisprudence à l’appui, devant la presse, une commission parlementaire ou un auditoire universitaire.
Fait à Kinshasa, le 4 juin 2026
Ambassadeur PCA Jean Thierry Monsenepwo

