Kinshasa, 27 Novembre 2025- Les tensions qui opposent actuellement le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, au Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, révèlent un malaise institutionnel plus profond qu’un simple désaccord administratif. Dans un contexte sécuritaire marqué par les violences urbaines, les attaques de Mobondo, les braquages et la montée en puissance des réseaux de délinquance juvénile, les Kinois vivent au quotidien un climat d’insécurité qui alimente la frustration et l’impression d’abandon.
Pour de nombreux observateurs, les difficultés opérationnelles persistantes au sein de la police nationale reflètent l’insuffisance de réformes structurelles et une coordination défaillante entre les autorités centrales et provinciales. Certains critiques estiment que le leadership du ministère de l’Intérieur n’a pas permis d’impulser la modernisation attendue de l’appareil sécuritaire. D’autres rappellent cependant que l’ampleur des défis sécuritaires dans une mégapole comme Kinshasa rend nécessaire une collaboration étroite entre les deux niveaux de pouvoir, au-delà des divergences politiques.
C’est dans ce climat déjà lourd que le VPM Shabani a initié une mission de contrôle au sein du gouvernement provincial de Kinshasa, une démarche qui suscite de vives controverses. À l’Hôtel de Ville, plusieurs voix dénoncent une initiative jugée inconstitutionnelle ou insuffisamment fondée juridiquement. Du côté du ministère, l’opération est présentée comme un mécanisme normal de supervision destiné à renforcer la transparence de la gestion publique.
Derrière cette bataille d’interprétations juridiques, les enjeux institutionnels sont majeurs. La Constitution consacre en effet le principe de la libre administration des provinces (articles 3, 171, 195 à 198, 204 et 221). Elle garantit à Kinshasa :
- une autonomie de gestion de ses ressources humaines, financières, économiques et techniques ;
- des ressources distinctes de celles du gouvernement central ;
- un contrôle financier exercé par l’Assemblée provinciale, l’IGF et la Cour des comptes, conformément à la Loi organique de 2008.
Pour le gouvernement provincial, s’opposer à cette mission n’est donc pas un refus de la bonne gouvernance, mais la défense d’un cadre constitutionnel clair. L’Hôtel de Ville rappelle d’ailleurs avoir travaillé sous la supervision de l’IGF durant toute l’année 2024, à la demande du gouverneur, et avoir déposé ses rapports auprès des organes compétents, notamment la Cour des comptes et la Direction des rééditions des comptes pour les fonds du Gouvernement central.
Derrière le conflit visible entre deux personnalités politiques se profile ainsi une problématique plus large : celle de l’équilibre réel des pouvoirs entre les provinces et le gouvernement central. La crise actuelle met en lumière le besoin urgent de clarifier les prérogatives institutionnelles, de renforcer la coordination entre niveaux de gouvernance et de garantir que les mécanismes de contrôle ne deviennent jamais des instruments de pression politique.
Le face-à-face entre Bumba et Shabani n’est peut-être que la partie émergée d’un débat plus profond, celui de l’effectivité de la décentralisation en RDC.

