Beni, 15 Janvier 2026 – L’Action pour la Réforme de la Justice et la Promotion des Droits de l’Homme (ARJPDH) accuse le mouvement armé M23 d’avoir mis en place un réseau d’au moins six centres de détention clandestins et de torture dans la ville de Goma et ses environs, après la prise de la capitale provinciale du Nord-Kivu en janvier 2025.
Couvrant la période de janvier à octobre 2025, le rapport s’appuie sur les témoignages directs de 18 anciens détenus, recoupés par des informations issues de rapports d’Amnesty International (mai 2025) et de Human Rights Watch. L’ONG affirme que les violations documentées relèvent d’une stratégie organisée de répression visant à neutraliser toute opposition civile dans les zones sous contrôle du M23.
Selon l’ARJPDH, le M23 aurait réquisitionné au moins six infrastructures civiles et administratives, transformées en centres de détention illégaux et de torture à Goma :
le site dit « Chien Méchant », ancien bureau de l’Agence nationale de renseignements (ANR), présenté comme le principal centre de torture ; le Stade de l’Unité, utilisé pour des interrogatoires violents et des passages à tabac collectifs ; le complexe SMIDD, situé à proximité de la RTNC ; le bâtiment de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu; le compound de la 34ᵉ région militaire ; un site situé à Kanyaruchinya, en périphérie immédiate de Goma.
Ces lieux auraient servi à la détention arbitraire de civils soupçonnés de collaboration avec les autorités congolaises ou d’opposition au M23.
Les anciens détenus décrivent des conditions de détention extrêmes, marquées par la surpopulation carcérale, l’absence d’hygiène, la privation de lumière, la pénurie alimentaire et l’utilisation d’un seul récipient pour les besoins physiologiques. Certains témoignages font état de 50 à 60 personnes entassées dans des espaces exigus, provoquant épuisement et maladies.
Les méthodes de torture rapportées incluent des coups portés avec des câbles électriques et des marteaux, des suspensions prolongées par les bras, ainsi que des sévices ciblant les parties génitales. Le rapport évoque également des violences sexuelles, utilisées comme arme de terreur et de domination psychologique.
Parmi les récits recueillis, Emmanuel Kabanda affirme avoir assisté à des passages à tabac mortels au Stade de l’Unité après son arrestation liée au contenu de son téléphone. Jean-Paul Nkurunziza indique avoir été enlevé de son lit d’hôpital à Heal Africa lors d’une opération du M23 impliquant plus de 130 personnes.
Le rapport cite également le témoignage de Marie-Chantal Muhindo, victime d’un viol collectif après l’évacuation forcée du camp de déplacés de Bulengo, ainsi que celui de l’avocat Joseph Mukendi, qui dénonce des perquisitions dans son cabinet et la disparition de dossiers sensibles liés aux crimes imputés au M23.
Au regard de la gravité des faits, l’ARJPDH réclame un accès immédiat des observateurs internationaux, notamment des Nations unies et de la Cour pénale internationale (CPI), aux sites de détention identifiés.
Membre de la Coalition pour la Cour pénale internationale, l’organisation appelle également à l’ouverture d’enquêtes formelles par la CPI, au renforcement des sanctions ciblées contre les dirigeants du M23, ainsi qu’à des mesures urgentes visant à protéger les défenseurs des droits humains et les avocats à Goma.
Magloire TSONGO

