Tribune 101: “Uvira, rapport de human rights watch: j’accuse le silence d’une partie de l’élite congolaise, un silence complice” (par l’ambassadeur PCA Jean Thierry Monsenepwo)

Le 14 mai 2026- Human Rights Watch a publié un rapport qui restera comme l’un des documents les plus accablants de ces dernières années sur la tragédie congolaise dans l’Est de notre pays. Ce rapport ne parle plus simplement d’“instabilité”, de “conflit armé” ou de “tensions régionales”. Non. Il parle d’exécutions sommaires, de viols, de disparitions forcées, d’enlèvements et d’atrocités commises contre des populations civiles à Uvira. Il parle d’êtres humains. Il parle de Congolais massacrés.

Et surtout, il désigne clairement le M23 et les forces rwandaises comme acteurs présumés de ces crimes.

Ainsi donc, après les rapports des experts des Nations Unies, après les alertes répétées des organisations internationales, après les images insoutenables venues de l’Est, après les témoignages des survivants, le monde continue d’ouvrir les yeux sur une vérité que certains, chez nous même, refusaient encore d’admettre : cette guerre n’est pas une rébellion congolaise. C’est une expédition militaire étrangère menée sur le territoire souverain de la République démocratique du Congo.

Mais au-delà des chiffres, il y a les scènes décrites dans ce rapport. Et elles glacent l’âme humaine.

Human Rights Watch rapporte que des civils qui tentaient de fuir les combats auraient été pris pour cible par des hommes armés de l’Afc m23 et de l’armée rwandaise. Des familles entières courant pour sauver leurs enfants sous les tirs. Des habitants contraints de quitter leurs maisons dans la panique pendant que des rafales résonnaient derrière eux. Des jeunes hommes arrêtés lors d’opérations de porte-à-porte puis emmenés vers des destinations inconnues. Des femmes violées dans une guerre où le corps de la femme congolaise devient encore une fois un champ de bataille. Des enfants séparés de leurs parents dans le chaos des déplacements.

Imagine-t-on seulement ce que signifie fuir avec son enfant dans les bras pendant que les balles sifflent derrière soi ?

Imagine-t-on le regard d’une mère qui ne sait pas si son fils arrêté reviendra vivant?

Imagine-t-on le traumatisme d’un peuple qui, depuis près de trente ans, enterre ses morts dans l’indifférence presque routinière du monde? À l’exception des amis de la rdc comme les

États unis qui haussent le ton.

L’Est du Congo est devenu le théâtre d’une souffrance humaine si profonde que beaucoup finissent par ne plus voir les victimes mais seulement les statistiques. Pourtant chaque mort avait un nom. Chaque disparu avait une famille. Chaque femme violée portera cette guerre dans sa mémoire jusqu’à la fin de ses jours.

Et il faut avoir l’honnêteté historique de le dire : dès les premières heures de cette agression, un homme d’État avait eu le courage politique de nommer les choses. Le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo avait dénoncé sans ambiguïté le caractère criminel et expansionniste de cette entreprise de déstabilisation. Pendant que d’autres relativisaient, hésitaient, minimisaient ou cherchaient des équilibres diplomatiques, lui avait compris que le silence face au crime devient une forme de complicité.

Aujourd’hui, les faits lui donnent raison.

Mais au milieu de cette vérité qui éclate enfin au grand jour, une autre réalité devient insupportable : le silence assourdissant d’une partie de notre élite nationale.

Où est la CENCO ?

Où sont ces grandes voix morales qui, sur d’autres sujets, publient communiqués, homélies et déclarations en quelques heures ? Où sont ceux qui prétendent porter la conscience nationale lorsque des femmes sont violées, lorsque des enfants disparaissent, lorsque des civils sont exécutés sur la terre congolaise ?

Le silence face à l’horreur n’est jamais neutre. En sciences politiques comme en philosophie morale, l’inaction face au crime participe à la banalisation du crime lui-même. Hannah Arendt parlait déjà de la normalisation du mal lorsque les sociétés s’habituent progressivement à l’indicible.

Et que dire d’une opposition politique incapable d’élever la voix lorsque le sang congolais coule ?

Comment peut-on prétendre aimer le Congo et demeurer silencieux devant des accusations aussi graves portées par une organisation internationale indépendante ? Comment peut-on passer plus de temps à combattre Félix Tshisekedi qu’à combattre ceux qui massacrent des Congolais ?

L’Histoire retiendra tout. Les paroles. Mais aussi les silences

Le rapport de Human Rights Watch ouvre désormais une autre phase : celle de la responsabilité pénale internationale.

Car nous ne sommes plus uniquement dans le registre politique ou diplomatique. Nous sommes dans le champ du droit pénal international. Les crimes documentés à Uvira relèvent potentiellement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité tels que définis par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Exécutions ciblées de civils. Violences sexuelles utilisées comme arme de terreur. Disparitions forcées. Persécutions systématiques. Tous les éléments juridiques d’une compétence de la CPI commencent progressivement à se consolider.

Le temps est donc venu d’agir

La République démocratique du Congo doit officiellement intensifier les démarches visant :

  • l’ouverture d’enquêtes internationales approfondies;
  • l’identification des chaînes de commandement ;
  • la documentation judiciaire des atrocités ;
  • et surtout l’émission de mandats d’arrêt internationaux contre tous les responsables militaires, politiques et financiers impliqués dans ces crimes.

L’Afrique ne peut pas continuer à être un continent où l’on massacre des populations civiles sans conséquences judiciaires.

Le monde ne peut pas demander à la RDC d’accepter la paix tout en fermant les yeux sur ceux qui fabriquent la guerre.

Et les Congolais eux-mêmes doivent comprendre une chose essentielle : il ne s’agit plus seulement de défendre des frontières. Il s’agit de défendre notre humanité collective.

Car derrière chaque statistique se cache une mère qui pleure. Un enfant qui fuit. Une famille détruite. Une vie brisée.

L’Est du Congo n’est pas une abstraction géopolitique. C’est une douleur humaine permanente.

Et cette douleur appelle désormais non plus des discours prudents, mais la vérité, la justice et la mémoire.

L’Histoire jugera les criminels.

Mais elle jugera aussi ceux qui se sont tus.

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