Beni, 1er Juin 2026 – Au lendemain de l’attaque attribuée aux terroristes ADF dans le quartier Ngadi, à Beni, qui a coûté la vie à plusieurs civils ainsi qu’à un militaire, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a réagi sur son compte X. L’ancien Gouverneur du Nord-Kivu a présenté une analyse de l’origine et de l’évolution de ce groupe armé, tout en adressant ses condoléances aux familles des victimes.
Dans son message intitulé « Comprendre les ADF en bref : origine et évolution », Julien Paluku rappelle que la vague de massacres systématiques de civils dans la région de Beni s’est intensifiée à partir d’octobre 2014. Il souligne que plusieurs opérations militaires ont été menées contre ce mouvement au fil des années, notamment sous les commandements des généraux Mbuyi, Mayala et Bahuma, avant les opérations conjointes entre les FARDC et l’armée ougandaise lancées en 2021.
L’ancien gouverneur situe l’origine des ADF dans les bouleversements politiques intervenus en Ouganda après l’arrivée au pouvoir du président Yoweri Museveni en janvier 1986. Selon lui, plusieurs mouvements opposés au nouveau régime se sont progressivement regroupés pour former une rébellion armée.
Julien Paluku explique également que la radicalisation d’une partie de la communauté musulmane ougandaise a joué un rôle important dans la naissance du mouvement. Des tensions internes autour du leadership religieux musulman à Kampala auraient favorisé l’émergence d’une faction dissidente conduite notamment par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l’islam.
Cette faction crée alors l’« Uganda Muslim Freedom Fighters » (UMFF). En 1995, elle s’allie à la National Army for the Liberation of Uganda (NALU), un autre groupe rebelle opposé au pouvoir de Kampala. Cette fusion donne naissance aux Forces démocratiques alliées, connues sous l’appellation ADF-NALU.
Face à la pression militaire de l’armée ougandaise, les rebelles traversent la frontière et s’installent dans les montagnes du Rwenzori, à l’est de la RDC. Julien Paluku rappelle que ce déplacement intervient dans un contexte de tensions régionales entre les régimes de Mobutu Sese Seko et de Yoweri Museveni.
Abordant les motivations des violences perpétrées contre les populations civiles, le ministre estime que les massacres répondent à des objectifs à la fois militaires, terroristes et économiques. Selon lui, les attaques contre les civils servent souvent de moyen de pression lorsque les forces armées lancent des offensives contre les bastions du groupe.
Il affirme également que ces violences permettent aux rebelles de vider certaines zones rurales de leurs habitants afin de contrôler des espaces forestiers isolés. Ces territoires serviraient non seulement de bases d’entraînement, mais aussi à l’exploitation de ressources naturelles telles que l’or, le bois ou encore le cacao.
Julien Paluku souligne par ailleurs qu’un tournant majeur est intervenu en 2019 avec l’intégration officielle des ADF au sein de l’organisation État islamique. Cette affiliation aurait renforcé la dimension idéologique du mouvement et contribué à une radicalisation accrue de ses méthodes d’action.
Pour faire face à cette menace, l’ancien Gouverneur du Nord-Kivu préconise plusieurs pistes, parmi lesquelles l’adaptation de la stratégie militaire à la guerre asymétrique, la lutte contre les réseaux de financement des groupes armés, l’assainissement de la chaîne de commandement, le renforcement des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion, ainsi que la restauration de la justice en faveur des victimes. Il conclut son message en présentant ses condoléances aux familles touchées par le drame de Ngadi.
Magloire TSONGO

